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« Il faut ouvrir les librairies” d’Edouard Louis sur Instagram

Publié par Pierre MACIA le

En 2013, quand j’étais étudiant, j’ai travaillé plusieurs mois comme libraire dans la librairie Les cahiers de Colette, dans Le Marais à Paris. J’ai découvert là-bas des auteures qui m’ont profondément marqué, Emily Dickinson, Elfriede Jelinek, j’ai eu la chance de faire découvrir des livres qui comptaient pour moi, ceux de James Baldwin, Annie Ernaux, Didier Eribon. Ces découvertes mutuelles auraient été impossibles à travers les algorithmes internet. Les librairies ont toujours représenté pour les gens comme moi, ceux qui ont lutté pour leur place au monde, un espace de réinvention de soi, un espace à l’intérieur duquel je me suis réinventé à travers les livres que j’y trouvais ( mon émotion quand j’ai acheté mon premier Jean Genet ! ).
J’avoue que j’ai du mal à formuler ces phrases que j’écris ; j’ai toujours ressenti un profond malaise à l’égard des discours inspirés sur la culture : “les livres nous sauvent, ils ouvrent des ponts entre les individus”, etc, qui ne sont bien souvent que des manières pour la bourgeoisie culturelle de rappeler qui elle est, qu’elle est du bon côté du monde, du côté de ceux qui lisent, qui connaissent les noms des auteurs les plus confidentiels. Pourtant c’est un fait, ces lectures et ces découvertes ont été essentielles pour moi, elles l’ont été, le sont et le seront pour d’autres personnes. Je ne dis pas qu’elles le sont pour tout le monde.

Mais ce n’est pas à l’État, encore moins à l’état macroniste, de décider ce qui est essentiel pour nous. Geoffroy de Lagasnerie l’a dit et démontré dès le mois de mars : ce qui se joue aujourd’hui avec les politiques de confinement est une partition violente entre ce qui serait la vraie vie et ce qui serait accessoire : on peut voir sa famille mais pas ses amis, on peut acheter un téléphone mais pas entrer dans une libraire, deux personnes qui s’aiment mais qui ne vivent pas sous le même toit selon le régime classique du couple, sont séparées. Les livres et la culture sont peut-être superflus pour le gouvernement macroniste, ils ne le sont pas pour nous. Ce qui est essentiel pour eux ne l’est pas pour nous. Il faut ouvrir les librairies.

Edouard Louis

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