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Avis d’un grimpeur à propos du manifeste sur l’équipement et les ouvertures en parois

Publié par Emilie de Bailliencourt le

Cela des Picos de Europa aux
Dolomites, en passant par l’Espagne et les rivages méditerranéens, en gardant
une affection toute particulière pour nos Pyrénées, bien sûr.

Depuis les années
70, le plus souvent encordé avec ma compagne, nous avons parcouru des voies Ollivier, Ravier, Rabada Navarro, Despiau,
Desmaison, Comici, Buhl, Gervasutti, Guillot, Piola, Cambon, Galvez, Alfonso,
Lanne ou Pouliquen, et bien d’autres… toutes avec des hauteurs ou des altitudes,
des roches, des styles, des contextes historiques, des caractéristiques bien
différents….

Je serai éternellement reconnaissant envers tous ces pionniers, ces artistes, ces
équipeurs illustres ou anonymes, pour les moments intenses vécus en paroi, le
bonheur ressenti à gravir de superbes longueurs ou à découvrir des cheminement
géniaux, des coins magnifiques, les moments de doute aussi! Un patrimoine à
bichonner , à respecter en particulier eu égard au contexte historique et à
l’équipement utilisé lors des premières ascensions…
J’ai mousquetonné des
cornières rouillées, des extra-plats bien mobiles, des ficelles, des lacets de
chaussures, des burils qui s’oxydaient grave, des spits de 12 et des fois rien
du tout. J’ai eu l’impression d’exposer parfois, sans ressentir de jubilation
spéciale, sans avoir non plus de pensée assassine à l’encontre des ouvreurs une fois le relais
atteint.

 Je pense aussi qu’il faut
préserver les itinéraires existants de réequipements hors-sujet ou non validés
par leurs créateurs. Bien sûr, je préfère trouver une fissure vierge de tout
équipement si on peut y coincer sans trop de mal, passer une sangle sur une
lunule , là où cette possibilité d’assurage naturel se présente.

Naviguant parfois sur les blogs de la planète grimpe, je suis profondément admiratif du
niveau de difficulté atteint aujourd’hui sur tous ces nouveaux itinéraires où
le septième degré se banalise, le huit pointe son nez, et les spits se font
plutôt discrets comme indiqué sur les schémas des voies. Quelques fois, de plus
en plus rare, une cotation dans mes cordes, une promesse de bon caillou et
d’aventure raisonnable, le sac est bouclé… et en avant pour un petit tour.
C’est excitant de découvrir du nouveau… ça évite aussi de refaire la même
voie, plus mal que quelques années auparavant.
Parfois il y faut chercher la
fissurette pour placer un petit câblé, des fois c’est tout inox, d’autres
moitié moitié…. Une fois l’automne dernier, le goujon
proliférait exagérément sur cette haute face calcaire longtemps délaissée,
quelques centaines de mètres au-dessus des urbanisations bétonnées d’une
station célèbre, face aux vastes domaines skiables de la société Aramon.
Ce cas
reste quand même assez rare. Étant plus consommateur qu’acteur, je n’ai pas pour
habitude de critiquer. Je pensais bien que des voix s’élèveraient, que des
dents grinceraient!
Et puis voilà un manifeste rédigé par des
grimpeurs aragonais « de tous horizons »qu’on nous propose de
signer…. certains constats,
recommandations et conclusions que l’on souhaite généraliser à toute la chaîne,
si elles contribuent à une réflexion sur nos pratiques m’inspirent un certain
malaise.

Pour résumer, j’ai l’impression que, rebondissant sur quelques cas
limités d’équipement abusif, un certain nombre de grimpeurs voudraient
décourager l’ouverture de toute voie équipée de niveau moyen ou modéré, sur des
parois d’ampleur ou en montagne.
Dans
le constat d’abord: La situation est elle si dramatique ?
Combien d' »échelles à spits » sur la
Foratata, par rapport aux autres itinéraires ?
Combien à l’Ossau, au Vignemale,
à Ansabère, sur les granits du Néouvielle, du Luchonnais ? sur les parois de
Cienfuens, de la peña Montañesa ou d’Ordesa…. faut quand même pas exagérer !
Les voies équipées des Pyrénées concernent le
plus souvent des zones de rocher compact comme les dalles des pics d’Espade, ou
de Cavallers, les calcaires de l’Udapet et d’Ariège, les conglomérats des
pré-pyrénées espagnoles où l’assurage naturel est souvent impossible. Dans
les recommandations pour le respect du rocher celle-ci pose question: « ne pas adapter la
montagne à notre niveau mais s’adapter à elle.

« Nous
ne considérons pas l’utilisation
d’ancrages fixes comme négative en soi…
 » Allons bon, faudrait savoir !
le vrai débat a
eu lieu fin des années 60 lorsque Bonatti, Messner se prononcèrent contre le fait de forer sur
les parois pour y installer des ancrages fixes, position logique, limpide, là
d’accord.
Plus près de nous les frères Ravier se refusèrent à utiliser ce moyen d’assurage ou de progression. Que je
sache personne n’est venu casser à coup de marteau les gollots du spigolo
d’Ansabère. L’évolution de notre pratique s’est chargée de trancher le débat.
Lorsque les petites plaquettes ont
commencé à éclore sur les parois de la Mâture dans les années 80 parmi les
grappes de saxifrages, moi aussi, j’ai pu avoir quelques sentiments dubitatifs.

Quand le grand Reinhold déclare lors d’un entretien avec Ueli Steck que la
progression entre deux plaquettes c’est du tourisme en montagne et non de
l’alpinisme, je ne peux que souscrire. Il m’est arrivé de me faire plaisir dans
ce contexte et je veux bien être un tel touriste…
Parce que planter une cheville, dans un
passage de 7b, de IV sup ou à un relais c’est toujours adapter la montagne à
son niveau, soyons logique jusqu’au bout! plus de spit nulle part, on
préserverait ainsi à coup sûr bien des espaces pour les grimpeurs des
générations futures !

Apparemment ce qui dérange les rédacteurs de ce manifeste, c’est que les parois soient rendues accessibles à un plus grand nombre par l’élimination des risques…
Les techniques d’assurage ne sont-elles pas là justement pour réduire les risques? Peut-être souhaiterait-on réserver les protections fixes ( en théorie complètement fiables) aux seuls grimpeurs familiers du haut niveau? ( et de ce fait à priori capables de progresser quasiment sans assurage, ou sur quelques micros placés dans des craquelures foireuses,  dans du V sup ou duVIa ).
Autre disposition, peut-être celle qui me chiffonne le plus, « les zones au-dessus de 1500m réservées à l’escalade traditionnelle » ? donc là, fini les lignes équipées style voies D.Lanne au Pic d’Espade, celles  de la dent d’Orlu, les voies L.Alfonso sur le granit des Encantats, les voies du Pène d’Udapet, des Sarradets ou du pic d’Artouste etc…
Reléguées dans quelques fonds de vallées au-dessus de la route et voie ferrée, parois ingrimpables lors des canicules estivales.

Bon, certains me conseilleront peut-être de remiser ma corde et mes chaussons au grenier, d’autres de rester plutôt sur les petites falaises voire la salle d’escalade.  Rassurez-vous, je ne sais pas me servir d’une perceuse, et c’est un peu tard pour que je m’y mette. Mais si un jour un grimpeur actif et désintéressé équipe intelligemment, là où la structure du rocher l’autorise et le permet, un itinéraire pour des « touristes » dans mon genre, je serai attristé de voir son labeur anéanti par une opération commando de déboulonnage. J’espère bien que dans le domaine de l’ouverture de voies nouvelles le point de vue de ce manifeste « ne sera pas imposé au reste de la communauté », et que la « montagne restera un espace de liberté dans lequel chacun pourra choisir son style » comme il est précisé dans l’introduction.

Pour terminer, je citerai notre cher et regretté Bunny qui dans l’édito du n°11 de Passe-Murailles intitulé « le ton juste » écrivait: « Sur l’ensemble de la chaîne une sorte d’accord tacite perdure et les différentes éthiques cohabitent, respectant la culture grimpante des lieux, à quelques détails près. Libre à chacun, ensuite, de jouer du coinceur dans les murailles de l’Ossau, ou de la dégaine dans celles de l’Espade, de s’exposer aux épées de Damoclès qui ornent le Vignemale ou de profiter des magnifiques calcaires de l’Ariège ».

Tout est dit.

Louis Saule

Catégories : TRIBUNE LIBRE

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